“Le corps de la femme est un corps mystérieux, troublé, secret; il ne lui appartient pas, c'est l'instrument de son asservissement.”
— Simone de Beauvoir, 1908 – 1986
Dans la voix de Simone de Beauvoir — une réflexion générée par IA
On ne naît pas femme, on le devient, et ce corps que l’on nous dit mystérieux n’est mystérieux que parce qu’on nous l’a volé. Il devient l’otage des regards, des lois, des mains des autres, comme si sa simple existence justifiait qu’on en dispose sans son consentement. La vraie révolution, c’est de le reprendre, ce corps, non comme un destin, mais comme un terrain de liberté.
Que signifie cette citation ?
L’idée que le corps féminin échappe à celle qui l’habite pour devenir le lieu d’une aliénation n’est pas une métaphore poétique, mais une analyse radicale des structures de domination. Simone de Beauvoir y dénonce la manière dont la société, en naturalisant la différence biologique, transforme la corporéité des femmes en destination plutôt qu’en possibilité. Ce corps « mystérieux » et « troublé » n’est pas mystérieux en soi : il est rendu opaque par les discours qui en font un objet de fascination ou de crainte, jamais un sujet autonome. L’asservissement naît de cette expropriation symbolique, où le corps, au lieu d’être un outil d’émancipation, devient le prétexte de son propre enfermement.
Quand Beauvoir écrit ces mots, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, elle s’inscrit contre les courants essentialistes qui, de la psychanalyse freudienne aux traditions religieuses, assignent à la femme une essence immuable liée à sa physiologie. Le Deuxième Sexe, publié en 1949, est une réponse ciblée à cette doxa : elle y démontre que le corps n’est pas un destin, mais un champ de bataille politique. Son approche existentialiste, déjà esquissée dans Pour une morale de l’ambiguïté, refuse toute détermination biologique pour insister sur la liberté, même entravée, des individus. Dans une France où le vote des femmes est encore récent (1944) et où les lois sur l’avortement restent répressives, ses mots résonnent comme un appel à reprendre possession de soi, y compris charnellement.
Aujourd’hui, cette phrase trouve un écho saisissant dans les combats féministes contemporains, où le droit à l’IVG, la lutte contre les violences obstétricales ou la dénonciation du body shaming sont autant de tentatives pour réapproprier ce corps trop souvent confisqué. Une jeune femme qui choisit de porter une tenue jugée « provocante » sans crainte du harcèlement, une sportive qui revendique sa force physique sans être réduite à son apparence, ou une personne trans qui refuse que son anatomie définisse son identité : toutes incarnent, à leur échelle, cette résistance. Le corps n’est plus seulement un « instrument d’asservissement », mais le terrain d’une reconquête quotidienne. La lucidité de Beauvoir reste d’une actualité brûlante : la liberté commence là où l’on cesse de subir son corps pour le vivre.
Plus de citations de Simone de Beauvoir
Gardez Simone de Beauvoir dans votre poche
Sagius est gratuit et vous offre 10 crédits pour essayer les fonctions IA — discutez avec Simone de Beauvoir et d'autres grands philosophes, et faites-vous expliquer chaque citation et le sens qui la sous-tend.

